Bruit: le retard français

18/12/2007 16:54

Les cartographies du bruit ayant pris du retard (1), les plans d’action français exigés par la directive européenne (2) sur le bruit risquent fortement de ne pas être prêts pour l’échéance du 18 juillet 2008. Un guide d’aide à leur élaboration doit être publié début janvier.

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par Agnès Ginestet

Les 5èmes assises nationales de la qualité de l’environnement sonore qui ont eut lieu du11 au 13 décembre ont permis aux acteurs du domaine d’évoquer les plans de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE). «Leur contenu est laissé à la discrétion des autorités compétentes (3)», explique Pascal Valentin, responsable de la mission bruit au ministère chargé de l’environnement. Comme pour les cartographies, ils concernent pour l’instant les grands axes routiers dont le trafic dépasse 6 millions de véhicules par an, les axes ferroviaires dont le trafic dépasse 60.000 passages de train par an, les grands aéroports et les agglomérations de plus de 250.000 habitants.

L’Etat prévoit d’achever les cartographies dont il a la charge d’ici la fin de l’année 2007, et l’une de ses priorités dans le cadre des PPBE sera d’achever la politique de résorption dans les zones les plus touchées. Paris a déjà publié un plan bruit en février 2006, qui devrait lui servir de base à son PPBE, et être coordonné avec le plan de déplacement.

La communauté urbaine de Lille (CUDL), maître d’œuvre d’infrastructures de l’agglomération, pense finir son PPBE avec environ un an de retard. «La CUDL n’avait pas la compétence bruit, mais a proposé ses services pour réaliser les cartographies et aider les communes à réaliser les plans de prévention. Nous allons leur faire des propositions pour diminuer le bruit en se basant sur les cartes, nous jouerons le rôle d’expert et d’assistant», explique Pascal Thomas, responsable du recueil et de l’analyse des données trafic et bruit à la CUDL. «Tant que la cartographie n’est pas terminée, on ne peut pas envisager les actions à mener», précise-t-il.

Le Grand Lyon a quant à lui fini les cartographies de ses infrastructures. Il basera son PPBE sur le plan de protection de l’atmosphère (PPA) porté par le préfet, qui prévoit une limitation progressive de la vitesse des véhicules à 70 kilomètres par heure sur les axes de sa zone d’action. «Si on diminue la vitesse, il y a un abattement très important du bruit. Cela aura un impact sur une grande partie de la population et ce sera peu coûteux», précise Julie Vallet, chargée de mission bruit pour le Grand Lyon. Selon elle, il serait judicieux de conserver les zones de couleur verte sur les cartographies (considérées comme les plus calmes) et de «pousser vers le vert» les zones où les gens vont pour se reposer mais qui sont exposées à du bruit (un parc situé en bordure d’autoroute, par exemple). Le seuil sonore de ces «zones calmes» est toutefois laissé à l’appréciation des acteurs locaux. «Le calme est relatif. Est-ce qu’une cascade d’eau qui émet 70 dB est un bruit agréable ou pas?», interroge Pascal Valentin.

Pour les communes qui ne font pas partie d’agglomérations et qui doivent remettre cartes et plans, Pascal Valentin estime qu’«on ne peut pas leur demander de faire des choses qui excèdent leur budget». Des aménagements peu onéreux tels que la mise en place de ralentisseurs pourraient par exemple être envisagés. «Les communes franciliennes commencent à réfléchir aux PPBE, mais il y a les élections municipales d’abord...», observe toutefois Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif, l'observatoire du bruit en Ile-de-France.

(1) Voir l’article du JDLE: «Cartes de bruit: les obstacles français»

(2) directive 2002/49/CE du Parlement européen et du Conseil, du 25 juin 2002, relative à l'évaluation et la gestion du bruit dans l'environnement

(3) l’Etat, les Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI), ou encore les communautés d’agglomération selon les cas